Betterave : une crise grave et sans précédent

Entre une mauvaise récolte, des cours mondiaux baissiers, et des tensions qui se multiplient au sein des entreprises sucrières, les temps sont durs pour le secteur betteravier français. « Nous traversons une crise grave et sans précédent, s’inquiète Éric Lainé, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), lors d’une conférence de presse le 11 décembre à Paris. Le rendement moyen français s’élève cette année à 83 t/ha à 16°, contre 89 t/ha pour la moyenne quinquennale, amenant la production nationale à 40 Mt (- 6 Mt). Sans quota, le marché français est connecté directement au marché mondial, baissier suite à la production importante à l’échelle du globe, notamment de la part de l’Inde et du Pakistan. « Pour la première fois, la betterave va dégrader le revenu des agriculteurs français, une perte de 400 à 500 €/ha en marge nette », estime le président.

Rénover la contractualisation
Le syndicat insiste sur la nécessité de rénover la contractualisation, « pierre angulaire » pour le secteur en l’absence de quotas. Pierre Rayé, le directeur général, préconise notamment la construction d’indicateurs de prix, pour aider l’agriculteur à anticiper. La CGB demande aussi la possibilité de favoriser les organisations de producteurs, pour que les agriculteurs pèsent davantage dans les négociations face aux industriels privés du sucre. Du côté des coopératives, Eric Lainé souhaite que les « contrats soient rénovés » pour gagner en transparence. Enfin, Pierre Rayé encourage le recours aux outils de gestion de risque.

Des perspectives porteuses pour les débouchés
Malgré ce climat morose, « il y a des raisons d’espérer », tempère le président. Si la campagne sucrière 2018/2019 pourrait encore être excédentaire au niveau mondial, « ce surplus est incertain et le déficit est probable pour 2019/2020 », indique Timothée Masson, responsable des marchés à la CGB, ce qui serait synonyme de remontée des prix. Du côté du bioéthanol, le SP95-E10 tout comme le superéthanol confirment leur bonne dynamique. « Nous continuons à demander la hausse du taux d’incorporation de biocarburant dans l’essence, aujourd’hui de 7,5 %, pour qu’il atteigne 8,1 % en 2019 et 8,6 % en 2020 », explique Nicolas Rialland, responsable bioénergies.

Néonicotinoïdes : les semis 2019 se feront sans dérogations
Aux pressions économiques s’ajoutent les contraintes techniques imposées aux producteurs français, avec en tête de liste la suppression des néonicotinoïdes. La CGB continue de demander des dérogations. « Il est désormais trop tard pour en obtenir une pour les semis 2019, mais on espère une extension d’usage pour le flonicamide », indique Éric Lainé. La CGB travaille en effet avec l’ITB sur une extension d’usage pour betterave de cet insecticide en pulvérisation, qui aiderait à lutter contre le puceron, vecteur de jaunisse.

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