Bio : besoin de structurer les filières grandes cultures françaises

Semenciers, agriculteurs, instituts techniques, coopératives négoces… Plus de 200 participants étaient présents lors des deuxièmes rencontres grandes cultures bio, organisées par l’Itab, Arvalis et Terres Inovia, témoignant l’intérêt pour ce mode de production. « Les surfaces de grandes cultures ont été multipliées par trois en dix ans. Fin 2017, près de 400 000 ha étaient dédiés au bio, soit 3,3 % de la SAU », souligne Emmanuel Leveugle, de Terres Univia. La France reste toutefois bien loin des 15 % de la SAU totale visés par le Gouvernement d’ici à 2022.

Encore besoin de l’import

La demande en produits bio reste largement supérieure à l’offre française, et ce, malgré les efforts engagés par la filière. « La France importe entre 30 et 35 % de farine bio. La demande est forte pour le bio 100 % français, mais c’est aujourd’hui impossible », estime Olivier Deseine, du Moulin de Brasseuil (78). L’abaissement, dans les cahiers des charges de la meunerie, du taux de protéines de 11 à 10,5 serait un moyen « d’engager plus de blés français, à compléter bien sûr avec les tests de panification », estime le responsable.

Adapter l’évaluation des variétés

Le développement du bio passe aussi par une offre variétale adaptée aux besoins de la filière, et adaptées aux contraintes techniques de production. Laurence Fontaine, de l’Itab, rappelle l’importance de mettre en place des démarches spécifiques d’évaluation variétale pour l’agriculture biologique, et ce, à tous les niveaux : chez les semenciers dès la sélection pour identifier les meilleures lignées ; puis lors de l’inscription, et enfin au niveau de l’utilisateur, agriculteur ou transformateur, afin de lui fournir des descriptions du comportement variétal, agronomique et technologique dans des situations diverses. Les cultures bio étant souvent utilisées en mélange, leur évaluation doit aussi tenir compte du mode de conduite.

Renforcer les partenariats entre régions sur le long terme

« Nous devons poursuivre la conversion des exploitations agricoles, mais pas sans monter des filières, avec de la contractualisation sur le long terme, estime Burkhard Schaer, du bureau d’études franco-allemand, spécialisé dans l’agro-alimentaire. Pour contrer les aléas climatiques, la construction de partenariats entre organismes stockeurs et transformateurs, à l’échelle suprarégionale, s’affiche comme une solution. » Si certaines filières françaises se sont largement affranchies des contraintes agronomiques, d’autres, comme la betterave, débutent à peine les expérimentations pour lever les freins techniques de ce mode de production, ce qui devrait retarder encore un peu la mise en place d’un approvisionnement français.

Stockage : Un coût de stockage deux fois plus élevé en bio

« Si nous voulons de la matière première bio 100 % française, nous avons besoin d’une politique de stockage de report, avec au moins 30 % de marges en plus ou en moins, pour absorber les aléas de rendement de 30 % », souligne Bertrand Roussel, responsable bio de la coopérative Terrena. Le stockage des grains bio requiert des circuits différents du conventionnel pour éviter les contaminations, d’où le choix des distributeurs, souvent, de dédier des silos à ce mode de production.

« En tenant compte du coût de construction d’un silo bio, le coût de stockage avoisine 450 €/t, soit deux fois plus que celui du conventionnel, constate Serge Rostomov, directeur technique d’Agribio Union, qui regroupe six coopératives dans le Sud-Ouest. Nous stockons une quarantaine de produits différents. Nous ne disposons pas de débouchés export. Le stockage est donc parfois long pour alimenter notamment les fabricants d’aliments toute l’année, d’où un faible turnover, et un ratio collecte/stockage mauvais : de l’ordre de 0,8 à 1, contre 1,5 à 2 dans le conventionnel. » À cela s’ajoutent des coûts d’analyses laboratoire plus conséquents, de l’ordre de 1 €/t.

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