Bio, une échéance et des tensions autour de la question des serres chauffées

Des fraises ou des tomates hors saison, grâce à des serres chauffées : compatible ou non avec l’agriculture biologique ? Le Comité national d’agriculture biologique (Cnab) de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) doit trancher la question en juillet. Le cas aurait du être tranché le 3 avril, mais l’instance avait repoussé l’échéance, au grand dam de plusieurs acteurs de la filière. Un report, le second concernant cette décision, interprété comme étant le fruit de « la pression des adeptes de l’industrialisation du bio », affirme l’un des proches du dossier à la Fnab.

Prises de positions opposées le 29 mai

« Plus la décision d’interdiction est reportée, plus de nouveaux projets sortent de terre, et plus cela sera difficile de revenir en arrière, il faut agir maintenant », déplore Jean-Marc Lévêque, président du Synabio. Il retrouvera plusieurs opposants farouches à cette pratique le 29 mai, en Ille-et-Vilaine, pour exprimer sa position. Des représentants d’Agrobio35, de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), de Biocoop mais aussi de Carrefour et d’associations de consommateurs seront présents pour faire front. Une posture inverse sera exprimée, le même jour, dans les locaux de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA). Celle-ci s’affiche en faveur du chauffage des serres, estimant notamment qu’il permet « de déshumidifier l’air en réduisant la pression de certains ravageurs et de maladies comme le mildiou, évitant ainsi des traitements au cuivre ». Laurent Grandin, président de l’interprofession des fruits et légumes frais (Interfel), sera présent.

Les portes claquent au comité bio d’Interfel

Interfel est en effet au cœur de crispations autour de l’enjeu des serres chauffées. Le 23 mai le comité bio d’Interfel a élu Bruno Vila comme co-rapporteur. Ce qui a fait grincer des dents, et claquer des portes. Voyant en lui « un défenseur affiché d’une agriculture biologique industrialisée, poussant notamment un recours sans restriction au chauffage des serres pour la production de fruits et légumes bio à contre saison », la Fnab et la Confédération paysanne ont réagi en vidant leur siège du comité. Candidat malheureux et président de la coopérative Norabio, Mathieu Lancry voit « une provocation d’Interfel » dans l’élection d’une personnalité « si ouvertement opposée aux principes de l’agriculture biologique ».

Une pratique encore marginale

Seules 38 serres chauffées seraient en fonctionnement aujourd’hui, selon des chiffres obtenus auprès du ministère de l’Agriculture, sur plus de 8400 fermes maraîchères bio. Mais l’engouement pour le bio pourrait inciter certains opérateurs à la vulgariser. D’importants projets seraient en cours de développement. « L’une des pratiques historiques est de chauffer les serres à 2 ou 3 °C, pour la culture de plants de salades par exemple, explique Mathieu Lancry. Nous espérons que le Cnab valide cet usage, mais pas les serres de tomates ou de concombres à 15 ou 17 °C pour remplir les étals de produits très rémunérateurs en contre-saison. »

Certains partisans des serres chauffées affirment que cette pratique permettrait d’éviter les importations de produits espagnols. « L’objectif serait surtout de convaincre la distribution et les consommateurs du non-sens de proposer et consommer ces produits hors-saison, d’où qu’ils viennent », réagit Mathieu Lancry.

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