Cristallisations dans le monde du sucre

Plus qu’un changement, l’après-quota est vécu comme un réel cataclysme dans le monde de la betterave. Qui aurait pu prédire qu’il s’opérerait en même temps que l’effondrement du prix mondial du sucre ? Certes, une volatilité accrue était attendue, mais pas à ce point. Ces dernières semaines, alors que les industriels annonçaient tour à tour leur prix pour la récolte 2017, les tensions se sont amplifiées chez les planteurs : ils réclament davantage de transparence et veulent un prix rémunérateur, sous peine de réduire la sole de betterave dans leur assolement.

Tour à tour, les grands groupes sucriers français ont marqué l’actualité ces dernières semaines. Mi-juin, Cristal Union annonçait renoncer au prix minimum, garanti jusque-là aux producteurs. Quelques jours plus tard, Saint Louis Sucre dévoilait son prix pour la récolte 2017 : 23,66 €/t. Un montant inférieur à ce que les planteurs attendaient. Chez Tereos, la grogne est montée d’un cran puisque plusieurs élus régionaux ont annoncé leur démission, début juillet. Au cœur de ces tensions : une première campagne d’après-quota très compliquée.

Des prix mondiaux au plus bas
« La fin des quotas, le 1er octobre 2017, signifiait pour l’Union européenne la possibilité de produire plus et donc, d’exporter davantage de tonnages, rappelle Gilles Vanackere, directeur général adjoint du SNFS (1). La filière a donc acté la hausse des surfaces de betteraves de près de 20 % avec à la clé, un allongement des campagnes. Pour les usines, produire plus, c’est réduire les coûts fixes et donc, devenir plus compétitifs. » Le problème, c’est que dame nature fut, en 2017, très généreuse. Après deux campagnes de déficit de production, la récolte 2017 a atteint des records… chez nous mais aussi chez les autres grands pays producteurs de sucre. Une hausse de 3,4 Mt en Union européenne, de 10 Mt en Inde et de 5 Mt en Thaïlande. Et quand il y a surproduction, pas de miracle : les prix s’effondrent.

Mettre au point des outils de gestion des prix
Bien entendu, chaque industriel a cherché à exporter davantage : vers ses marchés traditionnels ou d’autres, d’opportunité. Mais toujours à bas prix. En juin dernier, quand les prix de la récolte 2017 ont été annoncés, pour beaucoup de planteurs, ce fut la douche froide. « Ils sont inquiets et l’ont fait savoir, explique Éric Lainé, le président de la CGB. Au sein de chaque groupe privé, une Commission de répartition de la valeur (CRV) a été mise en place pour, précisément, discuter des prix. Mais les agriculteurs réclament davantage de transparence ». Certains estiment que leur sucrier n’a pas assez anticipé cette volatilité. « Voilà pourquoi, au sein de la CGB, nous militons pour l’instauration d’outils de gestion de ces nouveaux risques, poursuit Éric Lainé. L’épargne de précaution, les marchés à terme mais aussi l’instrument de stabilisation du revenu sectoriel. Un fonds que nous testons actuellement. Le contexte de marché évolue : les pratiques doivent en faire de même. La prise de conscience grandit ».

Quelles surfaces en 2019 ?
Pour Marc Zribi, chef de l’unité grains et sucres de FranceAgrimer, « la situation risque d’être encore tendue pendant au moins deux campagnes. Le temps que le marché absorbe cet excédent. Mais tout dépendra des volumes qui seront récoltés en 2018. La consommation mondiale, elle, croit régulièrement : de près de 1,8 % par an, notamment dans les pays en voie de développement ou en phase d’industrialisation. » Chaque sucrier cherche, logiquement, à se positionner sur ces créneaux en investissant dans ses usines pour répondre aux exigences de ces nouveaux clients, en misant sur la logistique ou en développant des gammes de produits adaptées.
Dans cette tourmente, planteurs et industriels pensent déjà aux semis 2019. Les surfaces de betteraves risquent-elles de baisser ? Peut-être, mais sûrement pas de manière significative. Car l’une des questions principale désormais est de savoir quand les contrats devront être renouvelés, ceux-ci étant pluriannuels, ce qui définira le moment ou une modification significative des surfaces françaises est envisageable. Tout dépendra de l’évolution des relations au sein de chaque entreprise, du regain de confiance, des cours des autres productions…

(1) Syndicat national des fabricants de sucre qui regroupe Cristal Union, Saint Louis Sucre, Lesaffre Frères et Ouvré Fils. Tereos ne fait plus partie du SNFS.

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