Ecophyto R&D – Passer du laboratoire au champ

« Vos travaux sont indispensables et ne doivent pas rester confidentiels », a insisté Emmanuelle Soubeyran, chef de projet Ecophyto à la DGAL en s’adressant aux nombreux chercheurs et experts présents au colloque Ecophyto R&D, les 28 et 29 janvier à Paris. « Et ce d’autant que nous devons accentuer les efforts, les chiffres montrant que l’indicateur Nodu (1) a augmenté de 2,5 % entre 2008 et 2011 », poursuit-elle. Florence Jacquet, économiste à l’Inra de Grignon accentue le message, précisant qu’ « il y a une progression des rotations courtes. » La question du lien entre la recherche et la pratique sur le terrain reste entière à l’issue de ce colloque qui a mis en lumière 23 projets de recherche en phase de finalisation, tant sur les indicateurs, que sur l’amélioration de la surveillance biologique du territoire, la conception de solutions, la diversification des méthodes de lutte, ou encore la dimension socio-économique. Les indicateurs, point faible d’Ecophyto L’Inra de Colmar a présenté ses travaux sur 46 indicateurs de risques liés à la présence de pesticides dans les l’eau, dans le cadre du projet Guide. Ils seront étudiés par le groupe indicateur du plan qui se réunit le 14 février. « C’est aujourd’hui un point faible d’Ecophyto car les phénomènes sont complexes et mal décrits par les indicateurs existants », explique Thierry Caquet de l’Inra de Rennes. Quant aux indicateurs d’exposition de la population, l’équipe d’Isabelle Baldi de l’université de Bordeaux, s’est penchée sur les déterminants et les facteurs de risque, pour créer une matrice Pestimat, en cours de construction. Elle permettra d’estimer les baisses de performance et les niveaux de risques selon les matières actives. « Les agriculteurs ne comprennent pas bien ces stratégies » Les intervenants ont rappelé que la réduction de l’utilisation des pesticides nécessite un assemblage de méthodes à efficacité partielle. « Si certaines solutions fonctionnent avec un coût intéressant, le frein principal réside dans le fait que les agriculteurs ne comprennent pas bien ces stratégies, explique Jean-Philippe Deguine, chercheur au Cirad. Souvent, les agriculteurs font évoluer leurs pratiques parce qu’ils sont confrontés à une impasse technique. » Comment les conseillers transfèreront-ils ces nouvelles méthodes, plus complexes, aux exploitants ? « Les agriculteurs veulent savoir si c’est sûr et rentable », insiste Jean-Marie Sérinie du Centre d’économie rurale de la Manche. « Avec Opticoop, nous disposons d’observatoires depuis plus de trente ans, qui nous permettent d’identifier les pratiques qui marchent, explique Jérôme Thibierge, d’InVivo. Notre rôle est d’éclairer la prise de décision finale qui revient à l’agriculteur. » Se pose tout de même la question de la responsabilité en cas d’échec, qui pourrait être plus complexe du fait du panel d’outils utilisés pour réduire les pesticides. « Nous formalisons les décisions qui doivent être partagées par tous les émetteurs et par l’agriculteur », répond Jérôme Thibierge. La question du contrôle des adventices Ces nouvelles solutions passent par plus d’observation dans les parcelles. La surveillance biologique du territoire revêt dans ce cadre une importance majeure. « Les BSV commencent à être une référence, explique Emeric Courbet, de la Chambre d’agriculture de Franche-Comté. C’est un travail multipartenaires et qui permet aux techniciens d’être formés. » Leur extension est souhaitée sur les adventices. « Le cycle des mauvaises herbes se cale sur plusieurs dizaines d’années, ce qui semble incompatibles avec les BSV », complète Xavier Reboud, chercheur à l’Inra de Dijon. Il propose d’orienter les surveillances selon les espèces cultivées et leur projection de développement sur une zone agricole. (1) nombre de doses unités

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