Pour avancer sur l’utilisation des eaux usées, Vivadour et Cooperl passent par France Expérimentation

Alors que la France tarde à publier le décret qui doit permettre les expérimentations sur la réutilisation des eaux usées par les filières agro-alimentaires, deux coopératives veulent avancer malgré tout. Vivadour et la Cooperl ont sollicité France Expérimentation pour devenir démonstrateurs. Une démarche abordée le 14 septembre, lors du salon Produrable.
eaux usées

Après un été 2022 particulièrement sec, le dossier de la réutilisation des eaux usées revient au premier plan. Si la Commission européenne semble vouloir accélérer le mouvement, avec la publication récente de lignes directrices en la matière, en France, l’impatience commence à poindre. Un décret publié en mars autorise la mise en place d’expérimentations, mais il ne concerne pas les filières agro-alimentaires, au grand dam des acteurs de ces dernières.

« Décret fantôme »

Une conférence organisée le 14 septembre, lors du salon Produrable, a permis d’aborder le sujet. Frédéric Marcato, en charge de la R&D chez Vivadour, représentait La Coopération agricole lors du Varenne de l’eau. « On sent une réticence des pouvoirs publics à ouvrir cette porte là, car les eaux usées représentent un sujet épineux en termes sanitaires », déplore-t-il. « Pour l’autorisation des expérimentations dans le secteur, entre confrères, on parle de décret fantôme », ironise de son côté Maëlle Fisselier, chargée d’étude eau à la Cooperl.

Une dérogation pour contourner la réglementation

Un recours existe, toutefois, pour les acteurs souhaitant faire bouger les lignes : France Expérimentation. Ce dispositif permet de lever des blocages réglementaires ou juridiques entravant la réalisation de projets innovants. La Cooperl a déposé un dossier en juillet 2021, et espère avoir un feu vert rapide. Ce dossier vise à faire du site de Lamballe (22) un démonstrateur, et en particulier l’atelier où se préparent les produits à base de boyaux de porcs, qui représente 25 % de la consommation d’eau de l’abattoir. En utilisant de l’eau ayant déjà servie, mais osmosée et donc potable, 80 000 mètres cubes pourraient être économisés. « C’est aujourd’hui interdit, regrette Maëlle Fisselier. Le Code de la santé publique nous oblige à utiliser de l’eau puisée dans le milieu naturel. »

Eaux usées, une question également sociétale

Vivadour prépare son propre dossier pour France Expérimentation, centré sur la réutilisation des eaux de pluies pour les usages de bâtiments d’élevage de volaille ou de caves viticoles. Frédéric Marcato y voit une bonne occasion « d’avancer à petits pas » sur l’aspect réglementaire, mais il prévient : le problème se loge aussi au niveau de l’acceptation sociétale. « Parler de récupérer les eaux de toitures, ça passe, illustre-t-il. Les eaux de voirie font déjà lever des sourcils, et je ne vous parle pas des eaux traitées. » Selon lui, des clients de l’aval des filières sont très rétifs à l’idée de commercialiser des aliments pour lesquels ce type d’eau serait utilisée, et pourraient imposer des clauses spécifiques. « Pourtant, l’eau de pluie est parfois de meilleure qualité que l’eau distribuée par le syndicat d’eau, souligne encore Frédéric Marcato. Mais ce n’est pas une crainte rationnelle, c’est une question d’image. »

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