GES : une étude compare les émissions des industries agro-alimentaires à celles des producteurs d’énergies fossiles

« Pour éviter la catastrophe climatique, nous devons réduire la production et la consommation de viande et de produits laitiers dans les pays surproducteurs et surconsommateurs, ainsi que dans les populations aisées du monde, tout en soutenant une transition vers l’agroécologie. » Tel est le résumé rédigé en première page du rapport « Émissions impossible : how big meat and dairy are heating up the planet »(1), publié jeudi 18 juillet par l’IATP (Institute for agricultural and trade policy) et Grain. Cette ONG soutient « les petits agriculteurs et les mouvements sociaux dans leurs luttes pour des systèmes alimentaires contrôlés par la communauté et basés sur la biodiversité. »

Cinq industries agro-alimentaires émettent autant qu’Exxon

Le principal résultat du rapport pointe la supériorité des émissions de gaz à effet de serre (GES) des cinq premières entreprises du secteur de la viande et des produits laitiers (JBS, Tyson Foods, Cargill, Dairy farmers of America et Fonterra) par rapport à celles des producteurs d’énergie fossile (Exxon, BP ou Shell) : 578,3 millions de tonnes équivalent CO2 contre respectivement 577, 508 et 448.
Avec la croissance de la demande mondiale en produits animaux, les auteurs envisagent une absorption, par ce secteur, de « plus de 80 % du budget annuel d’émissions de GES compatible avec la limitation du réchauffement climatique à 1,5° C (soit 13 Gt d’équivalent CO2) ». La conclusion tombe : les niveaux de croissance de ces entreprises sont « totalement en désaccord avec l’accord conclu à Paris en 2015 par les gouvernements du monde pour maintenir la température mondiale bien en dessous de 2 °C. »

Presque une comparaison d’ACV

Les auteurs du rapport précisent la méthode utilisée pour calculer les émissions de GES des entreprises agroalimentaires : il s’agit du modèle GLEAM, développé par la FAO (Global Livestock Environmental Assessment Model) qui est un outil de modélisation basé sur une approche d’analyse de cycle de vie (ACV). Il prend en compte l’ensemble des sources d’émissions de gaz à effet de serre tout au long des filières d’élevage, de la production à la distribution. Concernant les émissions des producteurs d’énergies fossiles, le rapport ne réalise pas d’ACV stricto sensu, mais s’en approche, en multipliant la production d’énergies fossiles de chaque entreprise par un facteur d’émission, puis en ajoutant des sources d’émissions indirectes (CO2 et méthane).
Des différences méthodologiques peuvent être notées : les facteurs utilisés pour calculer les GES émis (Tier 1 pour le pétrole, Tier 2 pour le lait et la viande) et l’absence des émissions liée à la production des outils et machines pour l’extraction des énergies fossiles. Outre ces précisions, deux questions restent en suspend : pourquoi comparer les émissions de GES d’une fonction d’alimentation à celles d’une fourniture d’énergie ? Et pourquoi ne pas alerter sur le fait qu’un producteur d’énergie fossile émet autant que les cinq plus gros producteurs de viande et de produits laitiers ?

Transparence et responsabilité des entreprises

L’originalité de cette démarche tient au fait d’attribuer toutes les émissions de chaque énergie fossile à celui qui les a extraite. Le rapport rend ainsi responsable les entreprises qui produisent les ressources, fossiles comme renouvelables. Les auteurs ont passé en revue les efforts entrepris par les 35 plus grandes entreprises mondiales de bœuf, de porc, de volaille et de produits laitiers pour quantifier leurs émissions de GES. Et le résultat marque un manque de transparence et de responsabilité, comme, selon les auteurs du rapport : « La plupart ne déclarent pas leurs données sur les émissions de GES, et peu ont fixé des objectifs qui pourraient réduire leurs émissions globales. »
(1) Que l’on peut traduire par : Comment la viande et le lait réchauffent la planète.

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