Glyphosate, à l’Assemblée, Philippe Mauguin fait le point sur les travaux en cours à l’Inra

Le PDG de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) était invité à répondre aux questions des députés, sur le thème du glyphosate, le 29 novembre à l’Assemblée. Un peu plus d’un an après la publication par l’Inra d’un rapport dédié, il a rappelé la nécessité d’un travail de fond pour tourner la page « glyphosate ».

Conservation des sols sans glyphosate, « pas impossible »

Philippe Mauguin a passé en revue les principales filières pour lesquels l’arrêt du glyphosate pourrait créer une impasse. Concernant l’agriculture de conservation des sols, le défi « n’est pas évident, mais pas impossible », selon lui. La recherche est centrée sur les moyens de détruire les intercultures sans la molécule, et sans travail du sol, par notamment « l’écrasement » ou « le scalping » qui consiste à couper les adventices à seulement un centimètre en dessous du niveau du sol.

Solutions variées d’une culture à l’autre

Pour l’agriculture « de pente », sujette aux problèmes d’érosion en cas de travail du sol, le machinisme et la robotique sont les premières solutions citées par Philippe Mauguin pour désherber. Autre idée : ne pas laisser la place aux adventices, avec l’utilisation de bâches biodégradables ou l’enherbement des inter-rangs pour le cas de la vigne. Pour la production de semences, la piste « cultures associées » est privilégiée. Dans le cas des légumes industriels, où l’exigence est le « zéro mauvaise herbe toxique », l’Inra collabore avec Bonduelle et les Centre techniques des fruits et légumes (CTIFL).

Un coût à estimer

L’Inra ne s’arrête pas à la recherche d’alternatives. L’institut se penche aussi sur l’aspect économique. En marge de la saisine de l’Anses par le gouvernement pour étudier le devenir des AMM du glyphosate, l’Inra est mobilisé pour caractériser les inconvénients pratiques et surcoûts économiques, ainsi que les potentielles retombées environnementales liées aux alternatives. « Nous avons deux mois pour proposer une méthode d’évaluation », glisse Philippe Mauguin.
L’ensemble des unités de recherche de l’Inra, y compris en élevage, ont été sensibilisées à cet enjeu. Les récoltes 2020, dans ces unités, devront être un laboratoire à grande échelle du sans glyphosate. L ‘aspect économique sera suivi de près.

Focus aussi sur le transfert de connaissance

Pour le PDG de l’Inra, enfin, la recherche fondamentale ne peut être utile qu’avec un transfert de connaissance réussi vers les agriculteurs. S’il estime que les 30 M€ annoncés par le gouvernement en juillet porte à « un bon niveau » les moyens alloués à la recherche concernant l’enjeu « pesticides », il souligne l’importance de ne pas oublier la diffusion des savoirs.
Philippe Mauguin rappelle la création d’une cellule de travail ayant cette vocation, avec les chambres d’agriculture et instituts techniques. Un centre de ressource en ligne, « le plus concret et pédagogique possible », est en cours de construction. Il compte cinq fiches sur le glyphosate pour le moment, une dizaine d’autres seront ajoutées d’ici la fin de l’année 2018.