Impact environnemental, l’ACV fournit « des évaluations partielles »

Face aux crises systémiques, comme le changement climatique, le besoin d’évaluer les impacts environnementaux des activités humaines est devenu vital. Mais est-ce que les outils sont adaptés pour saisir ces effets ? L’analyse de cycle de vie (ACV), qui est internationalement utilisée par convention pour évaluer les impacts environnementaux, montre des limites lorsqu’elle est appliquée au produit agricole.
PAN 7

« Aujourd’hui, nous obtenons des évaluations partielles : eutrophisation, qualité des sols, consommation d’eau, biodiversité, particules, pathogènes, ces impacts sont encore difficiles à interpréter ou non pris en compte. » Sandrine Espagnol, ingénieure d’études environnement à l’IFIP, fait le point sur les impacts environnementaux de l’élevage de porc, à l’occasion du séminaire organisé par l’Ifip, l’institut technique du porc, début juillet.

Du poids ou de la protéine ?

Ce caractère partiel de l’évaluation environnementale peut relever d’un manque de données ou d’un problème méthodologique. L’analyse de cycle de vie, qui est utilisée pour mesurer l’impact d’un produit, repose sur la définition d’une fonction (à quoi sert le produit ?) et sur le choix d’une unité fonctionnelle pour l’exprimer. « La fonction de l’aliment n’est pas de produire du poids ou des kilos », s’étonne Jean-Yves Dourmad, chercheur à l’Inrae. Doit-on rapporter l’impact au poids, à la quantité de protéine ou à l’énergie ? Ce choix méthodologique influe bien évidemment sur le résultat final. Le projet ANR Agralid montre qu’en choisissant de ramener l’impact environnemental à la protéine, au lieu du poids, la contribution sur le changement climatique du porc au sein d’un menu est divisée par quatre, comme le montre le graphique ci-dessous.

Cela s’explique par la capacité des productions animales à produire des protéines, ce qui n’est pas le cas des fruits par exemple. Alors comment arbitrer ? Si la fonction de l’aliment est bien de nourrir, c’est-à-dire d’apporter des nutriments, lesquels faut-il choisir : protéine, lipide, glucide, vitamines, minéraux…ou bien de l’énergie ?

L’allocation en question

Outre la question de l’unité fonctionnelle, l’ACV demande à faire un second choix pour calculer l’impact environnemental : la répartition de l’impact, autrement appelée l’allocation. En effet, cette question est cruciale pour une filière de découpe comme la viande, qui comprend des produits, des coproduits, des sous-produits et des déchets. Comment répartir l’impact entre un onglet, un sous-produit utilisé pour le petfood et les os qui vont servir de fertilisant ? Prix, masse, énergie, besoins physiologiques, les possibilités sont nombreuses et impactent significativement le résultat final de l’évaluation. Les ACV sont conventionnellement calculées selon une allocation économique, c’est-à-dire basée sur les prix de marché.

« La base de données Agribalyse 3.0 contient des anomalies. »​
Gilles Nassy
directeur du pôle viandes fraîches et produits transformés à l’Ifip

Une méthode industrielle peut-elle saisir les impact de la matière vivante ?

Entre le choix de la fonction, de l’unité fonctionnelle et de l’allocation entre produit et coproduit, l’ACV des produits alimentaires laisse de nombreuses questions en suspens qui continuent d’agiter la recherche internationale. Apparu dans les années soixante pour le secteur industriel, l’ACV a été conçu pour évaluer les impacts environnementaux de la matière inerte. Appliquée à l’agriculture, et à la matière vivante, son cadre méthodologique est dépassé par les services écosytémiques, la multifonctionnalité, les effets systémiques, les cycles, etc. Pourtant, comme le précise Sarah Martin du service forêt, alimentation et bioéconomie de l’Ademe, la base de résultats ACV Agribalyse, qui référence 2500 produits, sera « en septembre disponible à tous en format excel ».

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