IPBES, donner le cadre international pour enrayer la perte de biodiversité

La dégradation de la biodiversité dans le monde s’accélère au point que les scientifiques parlent de sixième extinction. Ce n’est pas nouveau, mais le sommet international qui se tient du 29 avril au 4 mai 2019 à l’Unesco à Paris, pourrait accélérer les prises de conscience en plaçant la biodiversité grande cause universelle comme l’est le changement climatique. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre de la 7eme session de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques). Créée en 2012 sous l’égide des Nations unies et fédérant aujourd’hui 132 pays, cette organisation peut être considérée comme le « GIEC de la biodiversité ».

Biodiversité et durabilité des sociétés intimement liées

À l’ordre du jour : l’examen par les gouvernements du Rapport d’évaluation mondiale de l’IPBES sur la biodiversité et les services écosystémiques. En ouverture de séance, Sir Robert Watson, président de l’IPBES, a insisté sur le lien essentiel entre la biodiversité et la durabilité des sociétés, en dépassant la question environnementale, et en s’imposant aussi comme une question de développement économique, sécuritaire, sociale, morale et d’équité. « Si les gouvernements veulent atteindre les objectifs du développement durable, il faut agir d’urgence (…) La lutte contre la perte de biodiversité ne peut se faire que par des actions rapides et transformatrices partout dans le monde. […] Les informations contenues dans l’évaluation mondiale permettront aux gouvernements, au secteur privé et à la société civile de faire de meilleurs choix pour une action éclairée » a –t-il insisté.

Consensus sur l’état de la nature au niveau mondial

Car, ce changement de paradigme, c’est ce qu’espèrent les 200 chercheurs et leurs collaborateurs qui ont, pendant trois ans, agrégés, analysés plus de 15 000 publications et recueillis 20 000 commentaires de leurs pairs et de leur gouvernement. La tâche pour les 800 participants à ce sommet, dont les représentants des gouvernements, les experts scientifiques mais aussi des acteurs de la société civil et du monde de l’entreprise, est de discuter et d’adopter ce rapport scientifique de plus de 1 700 pages sur l’état de la nature au niveau mondial.

Au terme de cette session de l’IPBES, et comme c’est le cas lors du GIEC, les représentants des gouvernements devront approuver l’intégralité d’un « résumé pour les décideurs », reprenant les principaux messages. Il sera rendu public lundi 6 mai. Cette expertise est la première à revêtir un caractère intergouvernemental. Elle constituera le patrimoine commun des connaissances sur lequel s’appuieront les futures négociations internationales sur ce sujet dont la 15e conférence internationale sur la diversité biologique qui se tiendra en Chine en 2020. La biodiversité sera aussi à l’agenda du G7 environnement à Metz les 5 et 6 mai. Marseille accueillera le prochain congrès de l’UICN en juin 2020.

La volonté est de diffuser l’expertise scientifique

 « Le remise de ce rapport sera un moment historique, a témoigné Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco. Il forcera à regarder en face  cette dégradation dramatique de la biodiversité et à faire partager ce constat à la société toute entière  (…). Nous espérons que nos idées, nos solutions, se développeront au-delà de nos laboratoires. Personne ne pourra plus dire qu’il ne savait pas ! » Le nerf de la guerre sera bien une mobilisation transversale, interdisciplinaire mais aussi financière. Yunne-Jai Shin (IRD, de l’Université de Montpellier) est directrice de recherche à l’IRD, Université de Montpellier. Elle se montre optimiste sur l’avenir malgré un état alarmiste. « Le rapport scientifique va servir de base ». Les solutions sont multiples, principalement liées aux modes de vie et à l’accroissement de la population. Le rapport a d’ailleurs exploré les liens entre les cultures des populations autochtones et le patrimoine naturel environnant. Parmi les pistes pour enrayer le déclin, elle cite le changement l’alimentation des pays développés avec moins de viande au menu pour libérer les terres. Se pose alors la question de leur affectation : sanctuaire de biodiversité ou conversion en cultures pour nourrir plus de population en respectant la biodiversité ?

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