La carte interactive de Solagro sur les usages de pesticides est accessible

Une carte présentant, à l'échelle des communes, les IFT moyens pour les produits phytosanitaires, et les surfaces en bio. C'est ce que propose Solagro, après une année de travail, et le recoupement de plusieurs bases de données. L'outil a été mis en ligne le 22 juin.
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Cartographier les utilisations de pesticides ? L’idée n’est pas nouvelle, mais sa concrétisation s’avère complexe. Plusieurs structures, notamment des ONG, s’y sont essayées, en utilisant par exemple les chiffres de ventes de pesticides par commune, avec différents biais : un pesticide n’est pas forcément consommé là où il est acheté, et pas obligatoirement appliqué dans l’année. Solagro a souhaité proposer un modèle plus robuste. Après un an de travail, cette carte est accessible depuis le 22 juin sur le site de l’association.

RPG et questionnaires de pratiques culturales

Plusieurs sources ont été croisées. À commencer par les questionnaires sur les pratiques culturales, réalisés tous les quatre ans par les services du ministère de l’Agriculture. Le registre parcellaire graphique (RPG), qui est lui alimenté annuellement par les producteurs sollicitant les aides Pac, est également utilisé, ainsi que les bases de données de l’Agence bio. « Pour certaines zones ou filières, notamment celles où les producteurs ne demandent pas les aides Pac, nous avons dû compléter avec d’autres sources au cas par cas », précise Aurélien Chayre, maître d’œuvre de ce projet chez Solagro.

Accéder ici à la méthodologie de Solagro pour cette carte.

Une carte pour sensibiliser les agriculteurs…

Le résultat de ce travail s’articule autour de trois affichages : l’IFT total, hors biocontrôle ; l’IFT herbicide ; et la part de l’agriculture bio (en %), chacune de ces cartes s’appuyant sur des chiffres moyens par commune. En cliquant sur une commune, on obtient un jeu de données plus complet, comprenant sa SAU, la part du bio sur cette SAU, la culture principale et celle qui est le plus traitée, et un détail de chaque famille d’IFT. « L’IFT est une unité de mesure que les agriculteurs maîtrisent bien, explique Aurélien Chayre. C’est avant tout à eux que nous voulons nous adresser avec cet outil, pas pour pointer du doigt, mais donner envie de passer dans le vert. »

Dans les faits, 13 000 communes ont un IFT moyen inférieur à 1,5 et autant ont un IFT supérieur à 5. La carte montre clairement les bassins de production les plus consommateurs de pesticides. Solagro envisage déjà des recoupements avec d’autres bases de données, par exemple pour mieux saisir ce que l’utilisation des produits phytosanitaires implique en termes de biodiversité. Certains grands témoins invités à la présentation de cette carte, le 22 juin à Paris, voient déjà des utilisations à l’outil.

…mais aussi les riverains, les élus, les consommateurs

Vincent Bretagnolle, chercheur au CNRS, estime la carte suffisante pour en faire un outil de sensibilisation : « Les corrélations entre les phytos et la biodiversité, la qualité des eaux, on ne les connaît que trop bien, lance-t-il. L’heure est au changement de pratique. » Nadine Lauverjat, de Générations futures, estime que la carte sera aussi utile pour les riverains, « trop souvent dans l’inconnu par rapport à leur exposition, leur permettant d’interpeller leurs élus et les agriculteurs voisins ». Christophe Barnouin est le président d’Ecotone, entreprise qui s’engage à financer la diffusion de la carte. Pour cette marque qui commercialise des produits bio, la carte de Solagro apporte des éléments de compréhension au consommateur. « Le message « pour l’environnement, mangez local », dans les zones rouges, devient moins crédible, glisse-t-il. Pour nous, c’est un moyen de montrer que cette allégation n’est valable que dans les zones les plus bio. »

Accéder ici à la carte.

Un indice de pesticides évités, en complément

L’entreprise a par ailleurs confié à Solagro la conception d’un autre outil de communication : l’indice de pesticides évités. Solagro s’est intéressé à l’approvisionnement d’Ecotone. L’association a converti ces volumes en surfaces de production nécessaires, et comparé l’IFT de ces surfaces, qui s’avèrent très majoritairement bio et en petite partie conventionnelles, avec les mêmes surfaces conduites à 100 % en conventionnel. « Nous arrivons, pour 90 000 hectares, à un différentiel de 300 000 traitements en moins pour Ecotone, par rapport au même approvisionnement 100 % conventionnel », s’enorgueillit Christophe Barnouin. Des chiffres tout frais, que la marque entend bien communiquer largement. « Le but est d’inviter toutes les marques à s’approprier cet indicateur », conclut-il.

 

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