La Cooperl veut multiplier par dix les surfaces de cultures sans pesticide

Le 17 mars, la Cooperl, coopérative bretonne spécialisée dans le secteur porcin, a fait le point sur son partenariat avec l’Agence de l’eau Loire Bretagne concernant la réduction de l’usage des produits phytosanitaires. Elle mise sur les cultures sans pesticide pour nourrir les animaux d’élevage.
Cooperl
De gauche à droite : Jérôme Martin, chef de service espaces ruraux à l’Agence de l’eau Loire Bretagne, Denis Domagné, éleveur-adhérent Cooperl, Philippe Duros, responsable commercial pôle efficience végétale, et Bertrand Convers, responsable des relations extérieures à la Cooperl.

La Cooperl souhaite développer les cultures sans pesticide pour nourrir ses porcs, dans le cadre de la filière principale de la coopérative située à Lamballe, dans les Côtes d’Armor. Elle compte s’appuyer sur son partenariat avec l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, initié en 2017 dans le cadre du plan Écophyto. Les deux structures ont présenté le 17 mars un point d’étape de leur engagement pour la réduction de l’usage des pesticides, sur l’exploitation de Denis Domagné (voir encadré), à Luitré-Dompierre (35). Les résultats sont positifs : les surfaces couvertes par les produits phytosanitaires pour les 1 329 éleveurs d’un groupe appelé « Émergents » ont baissé de 29,44 %, et de 46,21 % pour les quinze éleveurs d’un groupe 30 000.

10 000 hectares en 2030

Dans le cadre de cette collaboration, la Cooperl a lancé en 2019 une démarche, Envi, pour des cultures sans pesticide à destination de l’alimentation animale. Elle concerne désormais plus de 150 exploitations, sur plus de 700 hectares, et a permis de nourrir, en 2021, 24 600 porcs. Les ambitions sont fortes sur cette filière. « Nous voulons multiplier par dix les surfaces cultivées sans pesticide pour atteindre 10 000 hectares en 2030, indique Gildas Le Fessant, directeur de la démarche Envi. Cette année, les surfaces devraient passer à 1000 ha. » La coopérative devrait s’appuyer sur les résultats des producteurs engagés : en dépit d’une météo défavorable, le rendement de la moisson sans pesticide n’a baissé que de 3 % par rapport à 2020. « Un de nos indicateurs est la marge brute par hectare, qui ne doit pas être dégradée », indique Bertrand Convers, responsable des relations extérieures et des questions environnementales à la Cooperl.

Séparation de la vente et du conseil, les aides évoluent

Deux molécules sont particulièrement ciblées pour leur impact sur la potabilité de l’eau : le glyphosate et le S-métolachlore. Depuis 2017, le service recherche et développement de la Cooperl a pu bénéficier d’un soutien de l’Agence de l’eau pour la recherche et l’évaluation des solutions alternatives, la nutrition des plantes, les couverts végétaux ou encore la santé et la vie du sol. Mais avec la séparation de la vente et du conseil, le partenariat a évolué. « Le « sans pesticide » entre dans une stratégie de filières, mais il est vrai que ne pouvons plus intégrer Écophyto, ni avoir de financements dans ce sens, reconnaît Bertrand Convers. La dynamique se poursuit sous une autre forme. Nous avons par exemple des aides pour développer nos capacités de collecte et de stockage de matières premières, important pour structurer une filière. »

Cibler les outils de collecte

Des nouveaux investissements porteront sur:

  • l’optimisation des charges de fabrication des aliments pour les animaux nourris à partir des céréales issues de cultures sans pesticide ;
  • la réalisation d’investissements en usine pour suivre le développement des surfaces de la collecte, de la granulation jusqu’au stockage des produits finis ;
  • une valorisation dynamique de la production auprès des éleveurs, compensant leur perte de rendement par rapport aux cultures conventionnelles ;
  • un soutien de gestion à travers des solutions informatiques ;
  • le recrutement de la main-d’œuvre indispensable pour produire les aliments.

L’Agence de l’eau prévoit également de contribuer au financement de matériel de désherbage mécanique. « Notre ambition est d’atteindre une réduction de 50 % de l’usage des pesticides d’ici à 2027 pour obtenir une amélioration significative de l’état des cours d’eau sur le territoire Loire-Bretagne », explique Jérôme Martin, chef de service espaces ruraux à l’Agence de l’eau, qui a accompagné 340 projets de 2017 à 2020 pour un montant d’1,5 million d’euros.

Avec sa marque d’éleveurs coopérateurs Brocéliande, la coopérative offre déjà aux consommateurs la possibilité de choisir des charcuteries « Agriculture alternative » issues de cochons nourris aux céréales cultivées sans pesticide. Selon la coopérative, plus de 1 800 éleveurs se sont engagés dans la réduction de l’usage des pesticides.

Pour Bertrand Convers, le contexte de la crise ukrainienne renforce l’intérêt de telles démarches. « Nous devrons maximiser les rendements, mais en produisant mieux, indique-t-il.  La démarche Envi s’inscrit bien dans ce sens : réduire la dépendance à la chimie tout en gardant un haut niveau de productivité. »

 


  • Denis Domagné, éleveur porcin et adhérent Cooperl

« Je me suis engagé dans la démarche Envi depuis 2020, et je cultive aujourd’hui 17 hectares de blé sans utiliser d’herbicides, de fongicides et d’insecticides. Nous avons dû repenser nos itinéraires culturaux et remplacer les pesticides par des techniques de désherbage mécanique et des solutions alternatives. Concrètement, le désherbage mécanique, via la roto-étrille, a donné de bons résultats et permet d’éviter la prolifération des adventices qui peuvent entrer en concurrence avec la culture. En parallèle, l’utilisation de biostimulants renforce les défenses des plantes face aux agressions de pathogènes comme les champignons. Maintenant, bien sûr, c’est dans le temps qu’il faut garder le cap et s’assurer du maintien des rendements en travaillant les rotations entre cultures, le choix des variétés avec des mélanges de céréales plus robustes. C’est un vrai défi ! Cultiver des céréales sans pesticide sur une partie de nos parcelles est riche d’enseignements et apporteur de techniques nouvelles que l’on peut décliner sur nos parcelles conventionnelles et ainsi améliorer notre gestion globale des produits phytosanitaires. Pour moi, c’était un cheminement logique après m’être engagé dans les démarches vertueuses : porc non castré et élevé sans antibiotique dès la fin du sevrage, notamment. Je ne compte pas m’arrêter là. En 2021, je me suis engagé dans les processus de certifications environnementales. Aujourd’hui, mon exploitation est certifiée au niveau 2 et je souhaite obtenir, cette année, la Haute valeur environnementale. »

Autres articles du fil