La « rentrée de l'agro-écologie » se penche sur les leviers de développement du modèle

« La transition ne sera possible que si les agriculteurs arrivent à vivre de leur métier. Faire des labels à prix cassés, ce n’est pas possible. Nous devons expliquer aux consommateurs que se nourrir ne coûte pas rien », a déclaré, Jean-Baptiste Moreau, rapporteur de la loi Agriculture et alimentation  lors de l’événement consacré à l’agro-écologie organisé par Deloitte. Une occasion, notamment, d’identifier les différents leviers pour amplifier le modèle agro-écologique, en particulier auprès des consommateurs.

 Le « juste-prix » de l’agro-écologie

Amené à réagir sur le facteur « tremplin » de la loi agriculture et alimentation en matière d’agro-écologie, le panel d’intervenants s’est montré plutôt mitigé. «Il y avait une ambition à saisir – enviée ailleurs – qui n’a pas abouti, c’est dommage », a ainsi déclaré Bruno Dupont, président d’Interfel. Principal point de frustration, l’absence de prise en compte de la dimension européenne, comme le souligne Michel Prugue, président de Coop de France. Il redoute, à l’instar des autres intervenants, une distorsion de concurrence. « D’un côté on nous parle d’une meilleure construction des prix et de l’autre, on ne remet pas du tout en cause les accords qui mettent en concurrence les agriculteurs français et les agriculteurs européens », renchérit Julie Stoll, déléguée générale de Commerce équitable France.
Autre enjeu : sensibiliser le consommateur au « juste-prix » de l’agro-écologie. L’ONG CIWF, qui promeut le bien-être animal, propose ainsi des outils de communication aux exploitants. « L’objectif est de faire comprendre qu’il y a un juste prix à payer pour avoir accès aux produits issus de démarches respectueuses », détaille Amélie Legrand, responsable des affaires agroalimentaires de l’organisme.

Accroitre la notoriété du label HVE

Pour répondre à cette situation, un des leviers d’action identifiés est le renforcement du label HVE (Haute valeur environnementale). « Face au foisonnement de démarches privées, il est important qu’il y ait une réelle certification portée par l’État », assure Cécile Claveirolle, responsable agriculture chez France nature environnement. Un effort qui doit s’accompagner d’une réelle information du consommateur, encore peu au fait des implications de ce label. « Nous devons viser un niveau de notoriété similaire à celui du bio », résume Jean-Jacques Jarjanette, directeur général des Vignerons indépendants. Pour cela, Cécile Claveirolle plaide pour un fléchage des produits HVE vers la restauration collective, ce qui entraînerait « une énorme visibilité ». « Les États généraux de l’alimentation (EGA) ont permis de remettre sur le devant de la scène les attentes sociétales, mais il ne faut pas tout miser sur un seul label », nuance le directeur du GIE CRC, Marc Bonnet. Il reconnaît cependant que ce label est « une bonne ligne de mire » pour assurer la compétitivité des agriculteurs au niveau mondial.