Les filières végétales mobilisées sur la réduction des pesticides au ministère de l’Agriculture

La mobilisation du monde agricole est-elle totale sur la réduction des pesticides ? C’est ce dont Didier Guillaume a voulu s’assurer le 24 mai en convoquant les interprofessions du secteur du végétal à un point d’étape sur les plans de filières. Lesquels ont été remis au ministre de l’Agriculture à la fin 2018 dans le cadre des États généraux de l’alimentation. Didier Guillaume a confirmé le maintien de l’objectif de réduire de 50 % les pesticides à l’horizon 2025.

Pour lui, pas de doute, cette ambition « impose une transformation des modèles agricoles » et une « modification de l’organisation des filières ». S’il reconnaît que l’utilisation des produits phytosanitaires restera nécessaire « dans certains cas », elle devra se faire en dernier recours. Le ministre souhaite le développement de certains leviers : l’allongement des rotations, la diversification des cultures, le recours à des variétés résistantes aux ravageurs, l’utilisation des outils de veille et de détection.

Les filières ont été appelées à proposer des engagements concrets et à analyser les avancées à l’échelle des exploitations d’ici à l’été. « Les prochains mois seront consacrés à renforcer la coordination entre le ministère et les professionnels », a expliqué le ministère.

Céréales, contrat de solutions et protection intégrée

Un véritable partenariat appelé de ses vœux par Éric Thirouin, président d’Intercéréales, qui a participé au comité. « C’est la clé de la réussite de cette transformation profonde et efficace des pratiques agricoles et de l’évolution de la filière », insiste-t-il. L’interprofession a présenté ses avancées en la matière : engagement dans le contrat de solutions, 26 M€ par an consacrés par Arvalis à la protection intégrée, développement de 30 % en un an des filières d’excellence pour les céréales destinées à l’alimentation humaine. Éric Thirouin rappelle également « l’impératif de la cohérence entre le temps politique avec le temps de la recherche, des investissements et la prise en compte de la situation économique des acteurs ».

La nécessité de disposer de temps pour trouver des solutions alternatives fait l’unanimité dans les filières. « On nous demande, en trois à six ans, d’aboutir à des résultats que nous produisions auparavant en une dizaine d’années, explique Ludovic Guinard, directeur général adjoint du Centre technique des fruits et légumes CTIFL. Nous devons trouver des solutions pour chaque couple agresseur-espèce et valider que la solution est viable sur le terrain. C’est notre métier, et c’est passionnant, mais nous avons besoin de temps. »

Vin, la qualité du produit en priorité

« Les pas de temps sont différents d’une région à l’autre, et entre les filières végétales », ajoute Jean-Marie Barillère, président du Comité national des interprofessions des vins, Cniv, qui représentait la filière viticole. Les attentes aussi ! « Dans le secteur viticole, nous communiquons avant tout sur la qualité de nos produits, le respect de l’environnement arrive en seconde position », reconnaît-il.

Les fruits et légumes misent sur la HVE

Les interprofessions ont également interpellé Didier Guillaume sur la communication vers le grand public. « Si le gouvernement nous demande de faire des efforts, il doit nous permettre d’en rendre compte aux citoyens. Nous avons peu de moyens pour le faire », insiste Laurent Grandin, président de l’interprofession des fruits et légumes frais, Interfel. Il avance une proposition concrète : « Nous voulons pouvoir communiquer gratuitement, à certaines heures, sur les chaines de télévision françaises, comme cela a été validé il y a plus de cinq ans par le Sénat et l’Assemblée nationale. »

Le président d’Interfel a également réclamé une aide financière pour compenser les surcoûts des changements de pratiques. Le secteur vise plutôt une réduction des pesticides de l’ordre de 20 à 50 % selon les espèces et les itinéraires techniques. Notamment grâce à la Haute valeur environnementale, HVE. « Le plan de filière ambitionne que 50 % des exploitations disposent de ce label d’ici à cinq ans. Nous y arriverons, assure-t-il. Actuellement la moitié dispose de la certification au niveau. 2 »

Absence des protéagineux

Quant à filière protéagineuse, elle a marqué ce rendez-vous par son absence. Terres Univia a décliné l’invitation du ministère à cause du manque d’avancée du plan protéines.