Abeilles, « mieux comprendre le parasite Varroa destructor », Levon Abrahamyan, Université de Montréal

Référence environnement : Quels sont les contours de votre projet scientifique ?

Abrahamyan Levon : J’étudie le varroa destructor dans le contexte des infections virales. Ce parasite affaiblit les abeilles en transmettant des virus et des bactéries, mais aussi en se nourrissant des corps gras des abeilles et de l’équivalent du sang chez l’insecte, l’hémolymphe. Les abeilles sont alors davantage sujettes aux infections virales, présentent des défenses immunitaires affaiblies et ont des taux de survie plus faibles après l’hibernation. L’étude des virus des abeilles est un domaine relativement nouveau. Environ 20 virus sont actuellement connus, mais ils ne sont pas bien caractérisés. Mon projet vise à tous les étudier. Nous nous attendons à trouver de nouveaux virus, inconnus.

R.E. : Quelle méthodologie allez-vous suivre ?

A.L. : Nous allons mener une étude de co-infection, pour identifier les virus potentiellement transmis par le parasite. Nous comparerons la diversité virale dans les ruches infestées par le varroa et les ruches exemptes de varroa, ou moins infestées. Nous allons déterminer comment la présence de différents virus est modifiée au cours de la saison (étude temporelle). L’un de mes objectifs à long terme est d’étudier leur répartition géographique dans l’espace.

R.E. : Aborderez-vous les moyens de lutte contre les acariens varroa et les virus des abeilles ?

A.L. : Il existe plusieurs approches : des insecticides contre le varroa, et un traitement très simple des ruches avec du sucre en poudre. L’infection des ruches par des virus transmis par l’acarien varroa pourrait être réduite et contrôlée grâce à ces stratégies. En revanche, il n’y a pas encore d’antiviraux contre les virus des abeilles. Ce manque de traitements est dû à notre faible connaissance de l’écologie et de la biologie de ces virus. Notre projet en est à ses débuts, mais il contribuera à combler ces lacunes dans notre compréhension des virus des abeilles, et pourquoi pas à la mise au point de traitements antiviraux des ruches.

Une autre possibilité, qui n’est que mon hypothèse : trouver ou créer artificiellement un virus qui pourrait tuer le varroa ! Cela ressemble à de la science-fiction, mais une approche biologique similaire est en fait déjà utilisée pour contrôler les moustiques avec des bactéries (Bacillus thuringiensis, Bacillus sphaericus et Wolbachia).

R.E. : Quelles sont les échéances fixées ?

A.L. : Le projet a démarré il y a trois ans, mais il a connu une accélération ces derniers mois avec le soutien du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Nous avons des objectifs à court et à long terme. D’ici un à deux ans, nous comptons identifier les nouveaux virus qui infectent les abeilles et déterminer les infections virales associées à l’infestation par le varroa. Sur trois à cinq ans, il s’agira d’étudier comment le varroa et l’infection virale affectent le microbiome et la survie des abeilles, la dynamique saisonnière de l’infection par le varroa et les virus, mais aussi la répartition géographique des différentes espèces virales d’abeilles pour le Canada, ou encore proposer de nouvelles stratégies antivirales et anti-varroa aux apiculteurs.

Il est important de se rappeler que tous les parasites évoluent et s’adaptent constamment. Par conséquent, la recherche scientifique ne finira jamais, à moins de trouver une solution définitive contre les virus et le varroa…

L.H. et E.P.

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