Mortalité des abeilles : refonte nécessaire des méthodes de surveillance

Les incertitudes scientifiques, génératrices de tensions ou ouverture pour une co-construction ? La seconde option est clairement privilégiée par les pouvoirs publics. Pour preuve le dossier complexe de surveillance de la Mortalité des abeilles. La publication en octobre 2016 dans la revue La santé de l’abeille n°275 de l’article «Mortalité des abeilles, la surveillance officielle des mortalités massives aiguës des abeilles : bilan 2015 et perspectives », issu du rapport de Fayçal Meziani, rattaché à la direction générale de l’Alimentation (DGAL) du ministère de l’Agriculture, et la reprise de ses conclusions par le Réseau biodiversité pour les abeilles (RBA), ont poussé l’Union des apiculteurs (Unaf) à conduire une évaluation de l’étude. Le rapport de Fayçal Meziani met en cause en priorité les pathologies de l’abeille, les pratiques apicoles et n’attribue les problèmes d’intoxications liés aux pesticides qu’à 6,6 % des cas. Récusant ces conclusions, le syndicat a refait les comptes sur la base d’une interprétation différente des déclarations. Il estime à 24 % les mortalités par intoxication. Dans une note diffusée à la presse le 23 mars, l’Unaf se montre incisif : « le dispositif actuellement mis en œuvre au niveau national manque de fiabilité ». Il pointe notamment un indicateurs DL50 (Dose létale 50 %) inapproprié ; l’absence de prise en compte des effets synergiques entre pathologies et pesticides ; les disparités dans les analyses ; des régions apicoles sous représentées… La principale critique repose sur les incohérences réglementaires et statistiques.

Méthodologie inappropriée

L’étude s’appuie sur les déclarations des apiculteurs en cas de pertes de cheptel, sans prendre en compte le nombre de ruches concernées. « Trois déclarations de ruches loqueuses en Alsace qui représentent dix ruches en tout, pèsent trois fois plus lourd, dans les statistiques, qu’une déclaration portant sur 200 ruches perdues en Corse par suite probable d’une intoxication de type démoustication », illustre l’Unaf. Autre point : la déclaration des troubles pathologiques est obligatoire, pas ceux liés aux intoxications. Le syndicat demande à l’administration de lever ces biais réglementaires et statistiques, « sans cela, le monde apicole pourra difficilement accorder du crédit à cette synthèse réalisée annuellement. »

Refonte du protocole enclenché pour cet automne par la DGAL et l’Anses

Toute la difficulté réside dans le recueil de données suffisamment pertinentes, l’analyse devant inclure une part importante d’incertitudes. La DGAL ne le nie pas. C’est d’ailleurs le sens du partenariat engagé avec l’Anses, avant la publication du communiqué de l’Unaf. Il porte sur la création d’une méthode standard d’évaluation des causes de mortalités des abeilles. Elle devra statuer sur le délai de déclaration et les protocoles. Le comité de travail livrera ses recommandations à l’automne. Ce volet surveillance de la Mortalité des abeilles sera inséré dans le cadre la plateforme expérimentale d’épidémiosurveillance apicole lancée cette année sur trois zones pilotes : la Bretagne, l’Auvergne Rhône-Alpes et les Pays de la Loire.

Raccourcir les délais de déclaration et de prélèvements

Bruno Ferreira, chef du Service des actions sanitaires en production primaire à la Direction générale de l’alimentation revient sur le dispositif critiqué dans la note de l’Unaf : « Il est ancien, perfectible, d’où le chantier de remise à plat, en co-construction avec les filières. Pour avoir des analyses fiables, la déclaration et le prélèvement doivent être réalisés rapidement, au risque que le toxique ne se dégrade dans le corps de l’abeille ». Ce raccourcissement des délais est l’un des objectifs du nouveau protocole. « En améliorant la perception de la situation, nous serons plus près de la réalité car nous ne travaillerons plus avec des échantillons dégradés. Quant à l’étude de Fayçal Meziani, elle n’a pas de valeur statistique, ni vocation à dresser un état national des causes de mortalité. Nous avons travaillé avec les informations qui ont pu être remontées. » La demande de déclaration obligatoire d’une intoxication souhaitée par les apiculteurs reste difficile à imposer : « Comment savoir si on est dans ce cas de figure sans faire une analyse », souligne-t-il. Les apiculteurs seront de toute façon consultés pour le réglage de la méthode d’évaluation.

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