Néonicotinoïdes : la Commission européenne suggère deux ans de suspension

Interdire, durant deux ans, l’utilisation de la clothianidine, de l’imidaclopride et du thiaméthoxame sur maïs, colza, tournesol et coton : c’est ce que la Commission a proposé lors de la réunion du comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale le 31 janvier. Ce projet devrait être soumis au vote des Etats membres le 25 février pour conduire à des évolutions réglementaires applicables au 1er juillet prochain. Objectif : profiter de ce temps pour mettre en place de nouvelles expérimentations afin d’affiner les données sur ces molécules insecticides de la famille des néonicotinoïdes dont l’utilisation comporterait, selon les avis de l’Efsa, des risques pour les abeilles (voir notre lettre du 22 janvier). En France, cette éventuelle suspension ne concernerait que le maïs, avec Cruiser 350 de Syngenta et Cheyenne de Philagro, et donc la campagne 2014. Les ministres Stéphane Le Foll et Delphine Batho, respectivement chargé de l’Agriculture et de l’Ecologie, ont aussitôt salué cette proposition et affirmé leur volonté de voir évoluer la réglementation dès le 1er juillet 2013. Le Foll : « je me réjouis de cette décision » Pour le ministère de l’Agriculture, « cette proposition permet de tirer les conséquences des avis de l’Efsa de façon claire et harmonisée pour l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne ». Et Stéphane Le Foll de déclarer : « Je me réjouis de cette décision de la Commission qui s’inscrit dans la droite ligne du retrait de l’autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR dont j’avais pris la décision dès juin 2012 ». Syngenta, de son côté, dans une lettre ouverte au ministre de l’agriculture, tient à rappeler que sa « contribution à l’économie agricole française est importante et de longue date », qu’aucune des allégations concernant l’effet de ses produits sur les abeilles « n’a été prouvée dans les conditions de la pratique au champ », et que « tout cela survient alors que l’Anses, la DGAL, les instituts techniques, les semenciers, les distributeurs et les agriculteurs ont pris toutes les mesures nécessaires pour s’assurer d’une utilisation sûre et efficace de ces produits de protection des semences ». La firme poursuit en précisant qu’une interdiction « politiquement motivée serait dramatique pour les agriculteurs français et constituerait un gigantesque pas en arrière pour l’agriculture durable, et ne sauverait par ailleurs aucune colonie d’abeille ». Elle rappelle enfin qu’elle œuvre « concrètement et à grande échelle en faveur de l’amélioration de la santé des abeilles depuis longtemps ». Les environnementalistes souhaitent une interdiction totale La confédération paysanne et les associations environnementalistes, pour leur part, soulignent à nouveau leur volonté de voir interdire tous les insecticides de la famille des néonicotinoïdes. La Confédération paysanne rappelle « la part importante de céréales traitées à l’imidaclopride dont les résidus viennent contaminer les cultures suivantes, en particulier le tournesol ». De même, Pour Claudine Joly, en charge de ce dossier à France nature environnement, « les néonicotinoïdes sont persistants dans les sols » et « limiter l’usage de ces pesticides aux cultures non attractives pour les abeilles ne fait donc que reporter le problème ». Et l’Union nationale de l’apiculture française de préciser que « cette rémanence [dans les sols] est connue des organismes scientifiques (CNRS/Inra) depuis la fin des années 1990. Une interdiction partielle reviendrait donc à nier la réalité des modes d’action de ces substances. »

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