Pac : « Le verdissement n'a pas fonctionné comme prévu », Pierre Bascou, Commission européenne

« Même réduit de 5 %, le budget de la Pac reste très conséquent », juge Pierre Bascou, directeur « durabilité et aide au revenu » à la Direction générale de la Commission européenne. Il tentait de défendre la proposition émise par Bruxelles pour la prochaine Pac lors d’un colloque organisé par l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) et l’Association française des journalistes agricoles (AFJA). Alors que les discussions avec le Conseil et le Parlement s’engagent, retour sur les principaux points de débats abordés.

Moins de budget, un frein pour répondre aux attentes sociétales

Le Brexit et la montée d’enjeux nouveaux (sécurité, migration) limitent l’enveloppe, indique Pierre Bascou. Reste que l’ensemble des autres intervenants, issus du monde agricole, ont déploré cette baisse. Pekka Pesonen, le secrétaire général du Copa-Cogeca, résume : « Les demandes sociétales sont de plus en plus fortes et demandent des moyens. Avec les négociations internationales comme celles qui ont lieu actuellement avec le Mercosur, il nous faut également rivaliser avec des concurrents extra-européens sur les marchés. Comment être compétitifs avec des moyens réduits ? »

Scepticisme autour de l’approche environnementale par pays

C’est l’une des nouveautés suggérées par Bruxelles : demander aux États-membres de préparer des plans stratégiques pour adapter les mesures de la Pac aux spécificités nationales. Un schéma qui concernerait notamment la définition de dix critères « agro-écologiques » pour chaque pays. « Le verdissement n’a pas fonctionné comme prévu, car nous avons passé trop de temps à essayer de trouver des critères adaptés et acceptés partout, argue Pierre Bascou. Cette souplesse redonnera du sens et de la crédibilité à la Pac, aujourd’hui considérée comme inadaptée aux réalités du terrain. »

Un avis guère partagé. Pour Luc Vernet, co-fondateur du thinktank Farm Europe, c’est « laisser aux États-membres le choix du vert foncé ou du vert clair. » Christophe Hillairet, président de la Chambre d’agriculture d’Ile-de-France, reconnait l’importance de revoir la gouvernance de la Pac, tout en craignant, sous cette forme, une distorsion de concurrence si les agricultures de chaque pays sont soumis à des règles différentes.

Calendrier : faut-il ficeler la Pac avant les élections de 2019 ?

Selon Pierre Bascou, les premiers échanges avec le Conseil européen ont débuté, et ceux avec le Parlement suivront rapidement. La Commission souhaiterait trouver un accord politique d’ici au printemps 2019, et les élections européennes. « Si nous ne concluons pas avant le renouvellement du Parlement, nous pourrions perdre plusieurs années », juge Pierre Bascou.

Michel Dubromel, président de France nature environnement, ne s’accorde pas avec ce point de vue. « L’enjeu est trop important pour être bâclé, estime-t-il. Nous devons prendre le temps de bien faire, quitte à prolonger le système actuel un an de plus. » Jean-Baptiste Moreau, agriculteur et député LREM, suit la même réflexion : « La proposition de Bruxelles n’a pas que des défauts, mais il faut la retravailler ensemble. Plutôt que d’évacuer la question dans l’urgence, pourquoi ne pas en faire précisément un enjeu des élections européennes ? »

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