Pesticides : l'impact de l'effet cocktail reste difficile à évaluer

Le colloque sur les contaminants alimentaires, organisé par l’Institut national de recherche agronomique (Inra), le 19 décembre à Paris, proposait de faire le bilan sur l’état de la recherche en matière d’impact des mélanges de pesticides. Une étude publiée en juin 2018 dans la revue Environmental Health Perspectives a analysé l’effet sur une population mixte de souris, pendant un an, d’un cocktail de six pesticides (captan, boscalid, chlorpyrifos, thiaclopride, thiophanate et ziram). Ces derniers sont utilisés dans les vergers.

Six mois d’exposition

Chaque souris a reçu l’équivalent de la dose journalière tolérable de chaque substance, via leur alimentation. Après six mois d’exposition, des réactions, différentes selon les sexes, ont été observées : pour les mâles, un surpoids conséquent, chez les femmes, une modification de l’activité du microbiote intestinal. Selon les auteurs, ces résultats confortent ceux obtenus dans les études épidémiologiques, suggérant un lien entre exposition aux pesticides et incidence de maladies métaboliques telles que le diabète de type 2. Ils soulignent également « le rôle de la chronicité de l’exposition dans les effets de mélange de pesticides à dose non-toxique ».

Des résultats à ne pas généraliser

Co-auteure de l’étude, la chercheuse Laurence Gamet-Payrastre en appelle à ne pas surinterpréter ces résultats : « On ne peut pas généraliser les effets observés, car ils ne valent que pour le cocktail étudié. » Elle explique cependant que cette étude « pose la question des faibles doses en cocktail et de la fréquence d’exposition pouvant dépasser la capacité de désintoxication de l’organisme. » De plus, prévient-elle, les cocktails sont amenés à évoluer, en fonction de la météo ou des populations de parasites. Est-il réaliste de traduire cette situation dans la réglementation ? Une tâche « complexe, mais possible si l’on raisonne en familles de pesticide », selon Laurence Gamet-Payrastre.