Pollution à l'ammoniac de l'air : l'élevage intensif mis en cause

La pollution à l’ammoniac serait largement sous-estimée. C’est ce qu’affirment des chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’Université libre de Bruxelles, dans une étude publiée le 5 décembre dans la revue scientifique Nature. Ces derniers ont élaboré la première cartographie mondiale de l’ammoniac atmosphérique (NH3), identifiant au kilomètre carré près les sources d’émissions.

Les données collectées, entre 2008 et 2016, par satellite, répertorient 241 sources localisées de NH3 liées à l’activité humaine, dont les deux tiers étaient alors non identifiées. Quant aux sources déjà référencées, leurs émissions étaient largement sous-estimées. Selon l’étude, 83 de ces sources sont liées à des activités d’élevage intensif et 158 à des activités industrielles, dont 130 sont des usines d’engrais. 178 zones d’émissions, où le nombre de sources les rend indistinguables les unes des autres, complètent la cartographie.

Engrais et élevages lourdement représentés

« Pendant un an, les localisations des sources d’émissions ont été recherchées sur une carte sur internet pour voir ce à quoi elles correspondaient : on voyait très souvent, des vaches, des champs ou des usines », détaille Cathy Clerbaux, directrice de recherche CNRS et co-auteure de l’étude. Un seul cas correspond à un phénomène naturel, en Tanzanie. L’agrandissement d’infrastructures d’élevage intensif ou l’ouverture de complexes industriels a été mis en relation avec une évolution à la hausse des concentrations d’ammoniac.

C’est parce qu’il se dégrade en particules fines, sous forme de sels d’ammonium, que l’ammoniac représente un danger pour la santé et l’environnement, via l’acidification des milieux. En 2018, le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa) estimait à 94 % la part de l’agriculture dans la production d’ammoniac, notamment via les fumiers et la fertilisation minérale.