Pour La Poste, les projets carbone français servent avant tout d’ancrage dans les territoires

Le groupe La Poste est impliqué depuis la première heure dans les démarches carbone issues des mondes agricole et forestier. Laure Mandaron, directrice RSE de la branche services courrier colis de La Poste, explique à Référence agro la stratégie de compensation carbone de la société et la place qu’y occupent les projets carbone français issus du secteur agricole.
La Poste
Laure Mandaron, directrice RSE de la branche services courrier colis de La Poste.

Référence agro : À quel niveau le groupe La Poste est-il impliqué dans les projets agricoles français sur le carbone ?

Laure Mandaron : La Poste est le plus gros financeur de projets agricoles et forestiers sur le carbone en France. Nous avons démarré très tôt, en 2014, suite à des demandes de collaborateurs de s’insérer dans des projets français. Mais ce n’était pas encore possible. Nous avons donc travaillé avec les ministères, l’Institut pour l’économie du climat (I4CE), les secteurs de la forêt et de l’agriculture pour mettre au point une méthodologie et déployer des projets expérimentaux qui ont abouti au Label bas-carbone en 2019. Nous finançons une trentaine de projets agricoles et forestiers sur 37 départements, dont une dizaine en agriculture, notamment avec les fermes laitières bas carbone sur 150 exploitations. Nous sommes également impliqués dans le projet d’agroforesterie Agr’eau avec l’Agence de l’eau Adour-Garonne.

R.A. : De quelle manière ces projets entrent-ils dans votre stratégie de compensation carbone ?

L.M. : Nous sommes la première entreprise française entièrement neutre en carbone, et ce depuis 2012*. Notre stratégie est d’abord de réduire au maximum nos émissions de gaz à effet de serre, puis nous compensons nos émissions résiduelles qui s’élèvent à 2,3 millions de tonnes de CO2. Pour répondre à votre question, nous les compensons en totalité avec des projets dans les pays en voie de développement, les démarches françaises sont un plus.

D’une part, il n’y a pas assez de projets français. Les vingt projets forestiers dans lesquels nous sommes impliqués vont permettre de séquestrer environ 18 000 tonnes de CO2 en 30 ans, alors que nous avons besoin de compenser 2,3 millions de tonnes par an ! Nous n’avons pas chiffré les projets agricoles car la comptabilisation est plus complexe. Mais, si nous prenons l’exemple de l’initiative Carbocage, le projet de gestion durable et de replantation de haies bocagères que nous finançons dans la Sarthe économise 1200 tonnes de CO2 sur dix ans, tout au plus. D’autre part, il faudrait que nous déboursions des sommes colossales si nous voulions compenser l’intégralité de nos émissions avec des crédits carbone français, appelés des réductions d’émissions, car les prix sont beaucoup plus élevés, autour de 20 à 50 euros, voire 120 euros la tonne, contre 2 à 20 euros la tonne à l’étranger. Cela s’explique par des coûts importants en France pour planter des arbres, former les agriculteurs et les conseillers, créer des guides, réaliser les audits, etc.

Par ailleurs, beaucoup de projets à l’international sont très vertueux. Certains captent de grandes quantités de carbone, comme l’implantation de mangroves au Sénégal. D’autres ont des cobénéfices précieux. Je pense notamment à l’implantation de fours améliorés au Cambodge et au Kenya : ces projets ont des visées sociales, puisqu’ils permettent notamment de réduire la mortalité des enfants, d’améliorer la santé des populations locales et de préserver la biodiversité car, en coupant moins de bois, ils protègent indirectement les espèces locales.

R.A. : Quels sont les avantages des projets français ?

L.M. : Notre objectif va bien au-delà du carbone, puisque nous compensons déjà la totalité de nos émissions avec d’autres projets comme je l’ai expliqué. Les projets français nous permettent avant tout de renforcer notre ancrage territorial et de créer de la valeur dans les régions. C’est une vraie fierté pour nos collaborateurs, et nous allons poursuivre dans cette voie, en finançant toujours un peu plus des projets français.

R.A. : Pourquoi peu d’entreprises ont encore recours aux crédits carbone français ?

L.M. : La dynamique commence à venir. Depuis un an et demi, je suis fortement sollicitée par des entreprises et des collectivités pour partager notre retour d’expérience. L’intérêt porté à ces projets est récent. Il y a toutefois des pistes d’amélioration : accentuer la communication autour du label bas-carbone pour stimuler les projets, aider davantage les agriculteurs dans le montage des dossiers et faciliter l’accès aux financeurs.

*depuis 2012, les offres courrier, colis express et numérique sont neutres en carbone, en 2018, ce sont celles de La Banque Postale, puis fin 2019, celles du Réseau et du Corporate couvrant ainsi 100% des émissions du groupe.

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