Pourquoi les fiches CEPP sont-elles si peu nombreuses ?

Le dispositif expérimental de certificats d’économie de produits phytopharmaceutiques (CEPP), lancé depuis 2016 pour cinq ans, repose sur l’obligation de réalisation d’actions standardisées. Or ces dernières restent encore trop peu nombreuses. Pourquoi ? Référence-appro a posé la question à Christian Huyghe, directeur scientifique Agriculture de l’Inra et président de la Commission d’évaluation des fiches action CEPP.

Référence appro : Le nombre de fiches actions standardisées d’économie de produits phytosanitaires donnant droit à des certificats s’élève à 36. Un nombre jugé encore faible par de nombreux acteurs agricoles. Qu’en pensez-vous ?

Christian Huyghe : À ce jour, 44 % des 265 propositions ont été évaluées positivement et font l’objet d’une fiche action. 9 % sont en attente d’évaluation. 31 % demeurent en construction, le plus souvent en raison d’un manque de données. Enfin, 15 % ont été refusées. La plupart des refus concerne des actions proposant de remplacer une molécule par une autre. Elles offrent la possibilité de réduire la quantité de substance active utilisée, mais pas le Nodu. Or l’esprit des CEPP est bien d’activer des leviers pour réduire l’usage des produits phytosanitaires.

R. A. : Les propositions vous paraissent-elles insuffisantes ?

C. H. : Le biocontrôle a fait l’objet de nombreuses propositions, parce que les entreprises ainsi que leur association, IBMA, ont été au rendez-vous. Ce qui n’est pas le cas de toutes les structures agricoles. L’agro-équipement pourrait faire l’objet de multiples fiches, l’agronomie également. La gestion des menues pailles pour réduire le stock de graines d’adventices dans le sol, les méthodes prophylactiques pour limiter l’usage de fongicides et d’herbicides, les cultures intermédiaires… font partie des propositions que nous espérons voir arriver. Les membres de la Commission d’évaluation ont sollicité différentes structures en ce sens. La réduction des insecticides de stockage pourrait également faire l’objet de plusieurs fiches : détection des insectes, prophylaxie, insecticides naturels, confusion sexuelle. Les solutions pour réduire l’usage des produits phytosanitaires sont nombreuses, même si elles ne couvrent pas encore tout le spectre. Et les projets de R&D ne manquent pas. À l’avenir, nous devrions par exemple bénéficier de l’apport des micro-organismes via les semences pour constituer un écosystème complexe et plus résistant aux bioagresseurs.

R. A. : Certains acteurs jugent la validation des fiches trop stricte. Qu’en pensez-vous ?

C. H. : La validation des fiches action se doit d’être solide. Nous avons une exigence légale de réduction effective d’utilisation de produits phytosanitaires. Ces fiches constituent en outre une forme de recommandations d’actions reconnues comme efficaces. Elles sont d’ailleurs reprises dans les solutions proposées dans le Contrat de solutions des 40 organisations agricoles partenaires. À l’inverse, certaines solutions du Contrat de solutions pourront à l’avenir faire l’objet de fiches action. Car ces solutions ne sont pas contraintes aux mêmes niveaux d’exigence et peuvent démarrer sans validation ferme d’efficacité.
Enfin, pour aider à la validation des fiches action, nous travaillons actuellement à l’élaboration d’une démarche participative permettant l’utilisation de données de terrain.

Les grandes cultures font l’objet de nombreuses propositions de fiches CEPP, notamment sur le biocontrôle, les outils d’aide à la décision et le changement d’allocation des sols (auteur : Maud Blanck, chargée de projet à la commission CEPP).

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