Quatrième congrès mondial d’agroforesterie, 1200 experts signent « La déclaration de Montpellier »

« Make our planet treed again ! » (Notre planète a besoin d’arbres !) Tel est l’appel des 1200 experts, venant de plus de 100 pays, réunis à Montpellier du 20 au 22 mai, à l’occasion du quatrième congrès mondial d’agroforesterie. Organisé pour la première fois en Europe par le Cirad et l’Inra (1), ce congrès marque un point d’étape dans le développement des systèmes agroforestiers. « L’agroforesterie gagne du terrain dans le monde. Mais jusqu’à présent, c’était surtout une histoire agricole au Sud », explique Patrick Worms du World Agroforestry, président de la Fédération européenne d’Agroforesterie.  Les experts appellent les décideurs publics et privés à « un changement en profondeur de la gouvernance, de l’éducation et de la finance afin d’accélérer l’adoption de systèmes agroforestiers ».

Agroforesterie = agroécologie et revenu

« Go big or go home » (On change d’échelle ou on arrête), pouvait-on entendre lors du débat en plénière sur la feuille de route à adopter pour l’agroforesterie mondiale. Les communications scientifiques confirment la capacité d’un tel système à maintenir ou améliorer les rendements, tout en réduisant les émissions de carbone, en s’adaptant aux sècheresses et aux inondations et en restaurant les sols dégradés. Surtout, l’agroforesterie maximise la productivité globale de l’écosystème.

Le professeur Roger Leakey, vice-président de l’International Tree Fundation, parle ainsi de « Land maxing » et rejette habilement le terme de « trade-off » (compromis) : « L’agroforesterie maximise la sécurité alimentaire, les fonctions agroécologiques, les atouts sociaux et les gains économiques. C’est de l’agroécologie avec un revenu en plus », conféré par la vente de bois.

Ne pas se concentrer sur un seul rendement

Fergus Sinclair, du Centre international pour la recherche en agroforesterie (Icraf), sera le responsable du prochain HLPE (High Level Panel of Expert) sur l’agroécologie, qui sera lancé le 3 juillet au siège de la FAO à Rome. Son constat est sans appel. « Nous nous sommes trop longtemps concentrés sur un seul rendement, celui de la culture. Nous devons élaborer de nouvelles unités de mesure, agricole et alimentaire, pour étudier les systèmes les plus écologiques. Des expérimentations à grande échelle doivent aussi être menées pour réussir la dissémination. » Pour y parvenir, l’agroforesterie devra combler l’écart de rendement avec les systèmes agricoles performants (+ 300 %), puis les dépasser pour flirter avec les limites biologiques de l’écosystème. Soit multiplier par six la productivité actuelle selon les experts.

En parallèle, les marchés doivent se développer pour proposer les bonnes essences selon les conditions pédoclimatiques et les objectifs de production. L’agroforesterie devra surtout travailler à changer les mentalités, comme le résume Christian Dupraz, directeur de recherche à l’Inra et président du comité scientifique du congrès : « Avec l’agroforesterie, nous proposons des systèmes agricoles plus complexes mais plus riches et performants, plus proches de la nature. C’est un changement radical par rapport à la simplification et à l’artificialisation récente de l’agriculture mondiale. »

(1) en partenariat avec World Agroforestry, Agropolis International et Montpellier Université d’Excellence.

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