Rapport du Giec, la gestion des sols au cœur de la lutte contre le réchauffement climatique

Après voir publié son rapport sur les conséquences d’un réchauffement de +2 °C en octobre 2018, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a dévoilé, le 8 août 2019, un rapport spécial dédié à la problématique de la gestion des sols (1). Un sujet d’étude inédit pour l’organisme rattaché à l’ONU. Le document, qui s’appuie sur près de 7000 publications scientifiques, évalue l’impact des perturbations climatiques sur agriculture et la sécurité alimentaire, mais aussi les conséquences de la gestion actuelle des terres sur l’environnement.

« Notre activité humaine affecte plus de 70 % des terres. La manière dont nous produisons notre nourriture et dont nous mangeons contribue à la destruction des écosystèmes. Quand les terres sont dégradées, cela réduit la capacité des sols à absorber le carbone, renforçant le changement climatique qui aggrave la dégradation des terres », résume Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du groupe de travail I du Giec (2), lors de la présentation du document. Or, « le rapport montre qu’une gestion durable des sols nous aiderait à faire face aux changements climatiques », estime Hans-Otto Pörtner, coprésident du groupe de travail II du GIEC.

L’agriculture mise en cause

Dans leur rapport, les experts du Giec soulignent la remise en cause essentielle de la manière dont sont actuellement gérées les terres, afin de préserver la sécurité alimentaire et enrayer le réchauffement climatique. Le document rappelle ainsi que 23 % des émissions de gaz à effet de serre sont imputables à l’agriculture et la sylviculture. Et ce, alors même qu’un tiers de la nourriture produite actuellement est gaspillée.

« L’agriculture, la production alimentaire et la déforestation sont les principaux moteurs du changement climatique. La façon dont nous produisons notre nourriture est importante. Les choix alimentaires peuvent aider à réduire les émissions et la pression sur les terres », précise ainsi le rapport. Rappelant l’urgence de la situation, le Giec liste une série de mesures pouvant être déployées à « court-terme », tels que la prise en compte des coûts environnementaux dans la production alimentaire, la mise en place de paiements pour services écosystémiques, la réduction du gaspillage et de la surconsommation ou l’élimination du défrichement.

« Les terres ne peuvent pas tout »

La gestion plus durable des terres est un levier d’action essentiel à la lutte contre le changement climatique. Mais, prévient Debra Roberts, coprésidente du groupe de travail II, « les terres font partie de la solution mais ne peuvent pas tout ». Le rapport rappelle ainsi la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’ensemble des secteurs, et notamment dans celui de l’énergie, pour maintenir le réchauffement mondial sous les 2 °C. Mais aussi de trouver le bon équilibre dans les actions à mettre en place. Le rapport prévient ainsi contre l’apparition de potentiels effets indésirables, dans les scénarios prévoyant d’importantes conversions de terres (reboisement, bioénergies), tels que l’insécurité alimentaire notamment.

(1) Rapport spécial sur le changement climatique, la désertification, la dégradation et la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres.
(2) Le Giec est divisé en trois groupes de travail : le groupe I évalue les aspects scientifiques du système climatique et de l’évolution du climat, le groupe II s’occupe des questions concernant la vulnérabilité des systèmes socio-économiques et naturels aux changements climatiques, les conséquences de ces changements et les possibilités de s’y adapter, le groupe III évalue les solutions envisageables pour limiter les émissions de gaz à effet de serre ou atténuer de toute autre manière les changements climatiques.

Autres articles du fil