Rencontres francophones légumineuses : des atouts reconnus, une dynamique à renforcer

« Attirer autant de monde pour un évènement consacré aux légumineuses, c’était inenvisageable il y a quelques années. » Pour Jean-Louis Rastoin, professeur à Montpellier Supagro, l’affluence des deuxièmes Rencontres francophones légumineuses (RFL2) est, en soi, un indicateur de la montée en puissance de cette famille de cultures. Plus de 300 personnes ont participé à l’évènement, organisé les 17 et 18 octobre près de Toulouse, à l’initiative de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), du Cirad, de Terres Inovia et Terres Univia. La première édition s’était tenue en 2016, année internationale des légumineuses.

Un événement à dimension très scientifique

Avec huit conférences plénières, une table ronde et plusieurs dizaines de présentations de chercheurs, l’évènement avait une forte dimension scientifique. « Les légumineuses ont des atouts agronomiques, nutritionnels, climatiques… qui ne demandent qu’à être mieux cernés, lance Antoine Henrion, président de Terres Univia. Nous devons mobiliser la recherche dans ce sens. » Les interventions montrent que de nombreux travaux sont déjà en cours, focalisés notamment sur la production.

L’Europe se penche sur le cas des légumineuses

En France, 3 à 4 % de la surface agricole est consacrée aux légumineuses, « quand il en faudrait sans doute 15 % pour un réel développement de l’agro-écologie », dixit le PDG de l’Inra Philippe Mauguin. « Les rendements actuels, combinés aux prix pratiqués, ne sont guère incitatifs », reconnait Dorian Kalamvrezos Navarro, représentant de la FAO. Et si la recherche est un levier majeur, pour mettre en place des itinéraires économiquement viables, la sphère politique dispose également de certaines clés.
Plusieurs conférenciers l’ont souligné. Message reçu pour Karine Gloanec Maurin, députée européenne. « Le Parlement s’intéresse depuis longtemps à cette famille de culture, affirme-t-elle. 2018 marque un tournant : le principe d’un plan protéine européen a été adopté, et les discussions pour la prochaine Pac démarrent. C’est une occasion unique. »
L’élue penche en particulier pour une incitation à cultiver les plantes fixatrices d’azote de manière plus globale, au-delà des surfaces d’intérêt écologique.

Un consommateur encore à séduire

Si une dynamique semble clairement se dessiner en termes politiques, si la recherche est déjà à pied d’œuvre pour que les agriculteurs s’approprient davantage les légumineuses, le colloque atteste d’une nécessité : celle de créer un appel d’air par le marché. Énoncé plus clairement : les consommateurs ne mangent pas assez de légumineuses. Un Français en consomme moins de 2 kg par an. Un chiffre stable depuis les années 1980, après avoir chuté. « En 1920, ce chiffre s’élevait à plus de 7,3 kg par an ! » rappelle Sandrine Mennery-Patris, chercheuse à l’Inra.

Mal identifiées, peu appréciées en termes gustatifs, jugées difficiles à préparer et causes de troubles gastriques… les légumineuses n’ont pas bonne presse. La mobilisation doit également porter à ce niveau-là.
La création d’une catégorie d’aliment dédiée dans le Plan national nutrition santé (PNNS), en 2017, en est un marqueur. Désormais distinguées des féculents, les légumineuses bénéficient de leur recommandation propre, soit « au moins deux fois par semaine ». Plusieurs laboratoires planchent sur les moyens de pousser la promotion plus loin et efficacement à l’avenir. Rendez-vous en 2021, avec les RFL3, pour un prochain point d’étape.