Scénario Tyfa : une feuille de route politique pour une Europe agroécologique en 2050

« Nous nous sommes appuyés sur des fondements agronomiques pour esquisser avec vous des possibilités de politiques publiques. » Profitant d’une tribune (1) proposée par le député Dominique Potier à l’Assemblée nationale, le 18 décembre, Pierre-Marie Aubert, coordinateur de l’initiative agriculture européenne à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), présentait le scénario du projet Tyfa (Ten years for agroecology). Menée avec Xavier Poux, du bureau d’études et de recherche AscA, l’étude propose d’amorcer une transition dans les dix prochaines années pour atteindre une Europe agroécologique en 2050.

Moins de viande blanche

Le modèle Tyfa s’appuie sur sept principes, dont l’arrêt des produits phytosanitaires. Si le titre de la conférence s’intitulait « Vers une Europe sans pesticides », les discussions ont le plus souvent été axées sur le contenu de l’assiette du consommateur en 2050… et sa part de viande. Avec une surprise : la consommation de viande rouge, dans Tyfa, est moins réduite que celle de la viande blanche ! Un contre-pied vis-à-vis de la quasi-totalité des études similaires.
« En focalisant sur le carbone, on met de côté la biodiversité, la fertilité, l’azote… Nous avons suffisamment d’éléments pour savoir qu’une prairie répond à tous ces enjeux, et même plus, quand elle est pâturée », justifie Pierre-Marie Aubert. Le redéploiement des prairies naturelles, l’extensification de l’élevage, l’arrêt des importations de soja, la priorisation de l’alimentation humaine sur l’alimentation animale et les usages non alimentaires… sont d’autres principes de départ du scenario Tyfa. En conséquence, les engrais de synthèse sont abandonnés et la diète obtenue est moins riche en énergie et plus équilibrée : moins de viande, de lait, et plus de fruits et légumes.

Une politique alimentaire avec des moyens

Les auteurs proposent une séquence d’actions publiques en trois phases. En premier lieu, la construction d’une politique de l’alimentation forte, adossée à des recommandations nutritionnelles et environnementales, avec des moyens financiers. « 50 millions d’euros sont dépensés par an, essentiellement pour l’information des consommateurs et la fiscalité des ménages », pointe Pierre-Marie Aubert.

Réduire la demande en alimentation animale

En second lieu, la définition d’une politique des filières animales agroécologique. « L’objectif est de réduire la demande en alimentation animale, pour lever les contraintes sur la production végétale », précise Xavier Poux. Le scénario Tyfa réduit la production animale de 45 %, essentiellement sur les granivores, ce qui libère des volumes de céréales conséquents pour maintenir les exports de céréales, tout en diminuant la production nationale de 30 % environ. Le remplacement progressif des outils de production et de transformation, planifié et appuyé par des aides à l’investissement territorialisés, sont des éléments d’accompagnement proposés.

Protéger l’agriculteur et le consommateur européen

Pour les filières végétales, les auteurs dessinent une politique agroécologique qui sécurise la production, grâce à l’agronomie et à la structuration des filières. « Mais cela implique de travailler sur la Pac, la finance verte et de mobiliser la recherche », précise Xavier Poux, avant de céder la parole à Pierre-Marie Aubert pour décliner le dernier volet de cette transition. « Une politique commerciale européenne est nécessaire, afin de protéger l’agriculteur et le consommateur, en évitant la substitution des produits européens par des denrées étrangères moins coûteuses à produire. Celle-ci pourrait s’obtenir en fondant les barrières non tarifaires de l’UE sur la reconnaissance des processus de production. »
(1) conférence organisée par la fondation Jean Jaurès et l’association Accélérons