Tendance engrais : temps mort dans les achats

La météo retarde les premiers apports d'azote sur céréales et devrait limiter les niveaux de reliquats azotés. Les agriculteurs, dont le moral est plombé par le cours des céréales, attendent, tout comme la distribution, pour revenir à l'achat.

Depuis le début 2018, la demande en engrais manque de dynamisme, voire connaît un vrai coup d'arrêt. Face aux cours des céréales qui continuent de plonger sous la pression de la parité euro/dollar, les agriculteurs ont d'autres priorités que celle d'acheter des engrais. Les conditions climatiques retardent les premiers apports d'azote sur céréales et par conséquent les premiers réapprovisionnements. La distribution attend elle aussi de vider les stocks. « La chaîne logistique va se boucher car les magasins des distributeurs sont pleins et il n'y a pas de demande », envisage un producteur d'engrais. Dans une moindre mesure, le climat perturbe aussi la logistique, à l'image des récentes tempêtes comme Eleanor qui ont retardé les déchargements de bateaux dans les ports maritimes. « Nous avions déjà de la marchandise en stock et l'utilisation n'est pas encore pour tout de suite, mais il ne faudrait pas que de tels événements se reproduisent dans les semaines à venir », estime un distributeur de la façade atlantique. Côté fluvial, les hautes eaux semblent aussi ralentir une partie des transports sur la moitié Est de la France.  

Incertitude sur les reliquats
Sur le terrain, les premières analyses de reliquats montrent des disparités géographiques. « Le Nord a reçu beaucoup d'eau et on peut s'attendre à ce que les reliquats soient plus faibles qu'au Sud, où l'on observe une meilleure minéralisation », constate un producteur d'azotés. Distributeurs comme fournisseurs s'attendent à une reprise de la demande en azotés pour la mi-février, mais pas avant. Les composés sont à la peine. « Nous avons connu une embellie à l'automne pour les PK, mais la situation s'inverse pour le printemps, ce qui devrait toutefois mener à une année se situant dans la moyenne décennale », estime un distributeur de Bourgogne. Pour les NPK, un distributeur du Grand-Est table sur un recul de 15 % des ventes par rapport à la moyenne.

Le cours de l'urée fait le yoyo
Sur le marché de l'urée, l'Inde, qui a passé un appel d'offres en fin d'année, devrait revenir à l'achat dans les prochains mois, sans savoir précisément quand. L'incertitude pèse aussi sur les capacités de production d'urée des États-Unis. En résulte un cours qui peine à se stabiliser, même si les indicateurs laissent présager plutôt une tendance haussière à moyen terme. « Nous restons très attentifs au cours de l'urée qui varie beaucoup ces dernières semaines. Nous ne sommes couverts qu'à 50 % pour l'instant », commente un distributeur de la façade atlantique. Le coût des matières premières, ammoniac et soufre, continue de grimper et devrait maintenir les cours des engrais fermes. Le DAP gagne plusieurs euros à l'international. Si elle pénalise les céréales françaises, l'appréciation de l'euro face au dollar a joué en faveur des importateurs d'engrais de l'Hexagone en gommant partiellement ces hausses. L'ammonitrate 33,5 conserve son niveau de prix. Sur Rouen, des offres de prix nouvelle campagne pour la solution azotée sont déjà disponibles aux alentours de 140 €/t pour la période juin-septembre, contre 160-165 €/t en spot, « mais dans des volumes extrêmement limités », tempère toutefois un distributeur. Un fournisseur tente de résumee la situation : « même en baissant le prix de 20 €, vous n'allez pas relancer la demande. Il faut que le marché envoie des signaux. »

Cotations au 25 janvier, prix en euros par tonne pour des quantités importantes, stade distribution. Euro à 1.2494 USD (entre parenthèses, cours du 21décembre, euro à 1.1856 USD)

– Solutions azotées : départ port, sur Rouen, janvier 160-163 (décembre, 158-160) ; La Pallice, 175-180 (décembre, 175-177).

Ammonitrates : vrac franco magasin de la distribution, 33,5 %, janvier 280 (décembre, 280) ; 27 %, 210-220 (décembre, 217-220). Importation, logé, selon ports et provenance, 34,4 %, incoté (décembre, 260-265).

Urée : granulés, VDB ports de l'Atlantique et Sète, janvier 245-255 (décembre, 245-255).

Phosphatés : VDB ports de l'Atlantique, TSP, janvier 300-305 (décembre, 300-302) ; DAP, 363-379 (décembre, 370-375).

Potasse : VDB ports de l'Atlantique, janvier 270 (décembre, 270) ; franco camion de la distribution, 280 (décembre, 280)

– Engrais composés : vrac franco magasin, qualité standard, PK base 25/25, janvier 310 (décembre, 310) ; base 3 x 15, 310-320 (décembre, 310-320).

Autres articles du fil

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *