« Une approche systémique plutôt que des machines » : Goulven Le Bahers, coordinateur agriculture durable FNCivam

Goulven Le Bahers a été recruté il y a cinq ans à la FNCivam. Il anime le travail réalisé par la Commission agriculture durable du réseau. Mettre en lien, favoriser l’échange entre les différentes régions, s’impliquer dans les groupes de travail au niveau national, telles sont les missions de ce coordinateur agriculture durable. Elles lui permettent d’avoir une vision politique et terrain de la thématique environnementale en agriculture. Entretien dans le cadre de la série de portraits de Référence environnement. Référence environnement : L’environnement est-il désormais bien pris en compte dans les politiques agricoles ? Goulven Le Bahers : Lorsque je travaillais à l’Adear, l’Association pour le développement de l’emploi agricole et rural, en 2006 dans le Loir-et-Cher, les pouvoirs publics commençaient tout juste à parler environnement. Je suis parti en Afrique puis j’ai été embauché à la FNCivam en 2010. J’ai alors découvert qu’il y avait une meilleure prise de conscience de l’importance de l’enjeu environnemental pour l’agriculture par les politiques. Un changement qui a été impulsé par le Grenelle de l’environnement. Lequel a aussi permis à des associations comme la notre d’être intégrées dans les débats. Et de sortir de l’opposition. Beaucoup de sujets sont issus du Grenelle, comme le plan Ecophyto, ou la certification environnementale… Toutefois, nous restons critiques sur ces travaux, qui ne mènent souvent pas à grand-chose. Par exemple, on ne parle quasiment plus de la certification environnementale. Elle était pourtant considérée comme un gros chantier du gouvernement. RE : Comment travaillez-vous cette problématique dans votre réseau ? G. Le B. : Nous préférons parler de systèmes de production économes et autonomes plutôt que d’agriculture durable. Cela correspond davantage à notre vision du développement durable : limiter les investissements et le recours aux intrants, mettre en avant l’aspect social et l’intérêt économique sur un territoire. Nous travaillons de plus en plus avec des ONG, comme la Fondation Nicolas Hulot, WWF ou Greenpeace. En effet, les liens sont plus simples depuis que nous nous côtoyons dans les grands groupes de travail nationaux comme Ecophyto, les instances de pilotage du projet agro-écologique du ministère de l’Agriculture… C’est d’ailleurs une réelle avancée politique. 10 % des dossiers retenus dans l’appel à projets « mobilisation collective pour l’agro-écologie » sont issus des Civam. Nous sommes également très intéressés par les GIEE, les groupements d’intérêt écologique et économique. L’un des premiers GIEE reconnus au salon de l’agriculture était issu des Civam. RE : Quels sont pour vous les sujets majeurs de demain ? G. Le B. : Deux thèmes vont ressortir encore davantage : la biodiversité, et les gaz à effet de serre. Mais je pense que le plus important est de sensibiliser les agriculteurs à l’approche systémique de leur exploitation. Les solutions high tech qui émergent de l’agro-écologie, les nouvelles technologies, les capteurs, les drones, ne vont pas dans le bon sens. Ils risquent de déconnecter encore plus l’agriculteur de son outil de production. Il croira qu’il peut déléguer à des machines et à des algorithmes la conduite de son exploitation, remplaçant son observation et son propre jugement.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *